I. De nombreux développeurs et décideurs qui ne vous connaissent pas assimilent ObjectWeb à une entité telle que la fondation Apache Made in France ou aux industries fédératrices de code source libre comme SourceForge, pourriez-vous nous présenter votre consortium ?

ObjectWeb est un consortium international à but non lucratif spécialisé dans le développement d'intergiciels libres (ou "Open Source middleware"). Il regroupe des entreprises et des organismes de recherche de premier plan tels que l'INRIA, Bull, France Telecom (ces trois sociétés en sont les co-fondateurs), Thales, NEC Soft, Red Hat ou SuSE. Son objectif est de mettre à la disposition des entreprises des composants logiciels qui leur permettent de bâtir des applications réparties critiques alliant qualité, robustesse et un rapport performance/coût optimal. Le consortium s'appuie sur des standards ouverts et développe une offre alternative aux systèmes propriétaires dans le domaine de l'e-business, de l'EAI, des grilles de calcul et des messageries d'entreprise. ObjectWeb propose ainsi des solutions prêtes à l'emploi, dont la mise en œuvre est immédiatement rentable. JOnAS (implantation open-source des spécifications J2EE), JORAM (bus à messages conforme JMS), Enhydra (serveur d'application Java/XML) en sont des exemples.

Le consortium fédère près de 70 projets. ObjectWeb anime une communauté de plusieurs milliers de personnes dans le monde entier. Particuliers, entreprises et organismes de recherche peuvent librement adhérer au consortium. Les instances décisionnelles en sont le Comité Directeur qui définit la stratégie d'ensemble, le Comité Exécutif qui coordonne l'activité quotidienne et le Collège d'Architectes qui assure la cohérence technique entre projets.

Au niveau structure, ObjectWeb se rapproche plus de la fondation Apache que de SourceForge. La volonté d'ObjectWeb est de fédérer des projets autour du middleware afin de contribuer à bâtir une offre d'infrastructure logicielle libre, robuste et neutre vis-à-vis des intérêts commerciaux ou politiques des fournisseurs et des utilisateurs. Dans cet esprit, l'offre d'ObjectWeb respecte des standards ouverts établis par des organismes indépendants comme le JCP, l'OMG ou l'OSGi. Cela va au delà d'une simple collection de projets. La communauté ObjectWeb est animée de façon à ce que les chercheurs, développeurs et industriels qui y participent soient régulièrement en contact et travaillent ensemble.

II. Quelle est votre qualité au sein du consortium ?

Rataché au Comité Executif, je coordonne les actions de communication du consortium.

III. Pouvez vous nous dresser un bilan sur l'année écoulée, le parcours d'ObjectWeb et vos objectifs pour 2004 ?

Le consortium a connu un développement remarquable, nous avons fin 2003 deux fois plus de projets et de visiteurs sur notre site qu'en debut d'année. Il a atteint une reconnaissance internationale illustrée par la décision de trois distributions majeures (Red Hat, SuSE et Mandrake) d'embarquer ses composants, par le rapprochement avec les communautés Apache et Eclipse et par l'entrée en négociation avec Sun pour la certification J2EE du serveur d'applications JOnAS. En 2004, la priorité sera mise sur l'implication des utilisateurs. C'est un enjeu important car, dans le monde de l'open-source, aucun lien commercial n'oblige les utilisateurs à se manifester.

IV. Red Hat prévoie d'annoncer Red Hat Application Server ce premier semestre 2004. Avez vous contribué de près ou de loin à cette nouvelle implémentation ?

JOnAS est l'une des pieces maitresses de cette distribution, et c'est donc bien le code d'ObjectWeb sur lequel Red Hat va proposer une offre de support. Red Hat est d'ailleurs membre du consortium depuis juillet 2003 et Paul Cormier, Directeur Technique de Red Hat, a été elu au Comité Directeur d'ObjectWeb pour l'année 2004.

V. L'adhésion de Suse Linux au consortium à Franckfort (Allemagne) concerne-t-elle les mêmes objectifs et doit-on comprendre que ObjectWeb espère voir l'un de ses produits (serveur J2EE) standardisé à court terme sur la plupart des plateformes GNU/Linux d'entreprise ?

JOnAS est déjà disponible pour Mandrake depuis la version 9.1. Avec Red Hat et SuSE, JOnAS va donc être disponible avec trois grandes distributions. Nous avons bon espoir que cette dynamique continue. La position de JOnAS est en effet très favorable: c'est l'une des seules implémentations open-source de J2EE qui soit entièrement documentée. Par ailleurs, le développement est assuré par un consortium ouvert, sans buts crypto-commerciaux, ce qui garantit pérennité et transparence au projet. La license LGPL de JOnAS est aussi perçue comme un élément important pour certains intégrateurs, qui ne craignent pas une récupération du code dans des produits à source fermé.

VI. JOnAS est dans sa dernière version partiellement compatible avec la norme Sun J2EE 1.4. Que prévoie la roadmap 2004 à ce sujet ?

Elle prévoie la disponibilité d'une version 4 de niveau J2EE 1.4 au cours du premier trimestre 2004. Des pré-versions seront disponibles avant, mais il est peu probable qu'elles soient packagées. La version 4 de JOnAS pourrait être soumise aux tests de conformité pour obtenir la certification officielle par Sun dans le courant du premier semestre.

Il faut aussi noter que le serveur d'applications Enhydra, qui fut un des premiers serveurs Java, va être basé sur JOnAS en version 6.0. Enhydra était un projet à l'avenir incertain il y a un an et demi, lorsque ObjectWeb a décidé de l'héberger. Aujourd'hui, les deux communautés ont fusionné et aboutissent à une belle réussite technique.

VII. En novembre dernier à Las Vegas, ApacheCon a été l'occasion aux deux ensembles Apache et ObjectWeb de fusionner certaines idées. Quels en sont les enjeux ? Est ce que changer les licences de GPL à BSD-like à posé beaucoup de difficultés ?

Apache et ObjectWeb partagent la même vision d'une infrastructure logicielle en open-source. Le J2EE open-source nous apparait comme un must du moment. De par leur statut non lucratif, il n'y a pas vraiment de compétition entre les deux organismes, mais plutôt une sorte de "coopétition". JOnAS utilisait des composants Apache (par exemple Tomcat). Désormais, Geronimo pourra s'appuyer sur JOTM et ASM. L'accueil de ces 2 composants par l'équipe de Geronimo a été plus que chaleureux.

Le changement de license a été une décision prise après discussion et concertation. Le comité directeur d'ObjectWeb en a fait la recommandation. Mais en dernier lieu, ce sont les détenteurs de droits qui ont décidé. Nous pensons que l'adoption large de composants ObjectWeb est une bonne chose, que ce soit dans une plate-forme ou une autre. J2EE n'est qu'une facette de l'activité du consortium - si bien que lorsque Geronimo sera prêt, nous aurons continué à travailler sur d'autres sujets.

VIII. ObjectWeb a intégré la plateforme ProActive (NDLR:dédiée au Grid Computing). Quelles sont les attentes et espérances d'ObjectWeb à propos de ce projet ?

ProActive à rejoint ObjectWeb depuis près de 2 ans. C'est un projet de recherche appliquée développé dans le cadre d'OASIS en partenariat avec l'INRIA concernant des outils pour les grilles de calcul qui propose des fonctionnalités très avancées (voir site). Il a donc toute sa place dans l'activité du consortium qui, comme expliqué plus haut, s'intéresse à l'avenir du middleware.

IX. DotNetJ est à mi chemin entre Mono (implementation open-source de DotNet) et JBossNET puisqu'il permet à un client DotNet d'utiliser des composants J2EE sans avoir recours aux services Web. Pouvez vous nous expliquer concrètement la finalité du projet et les éventuelles applications possibles ?

La communauté ObjectWeb a une large culture Java. Mais il est impossible d'ignorer la plate-forme .NET. DotNetJ est une passerelle entre les deux mondes, qui permet d'utiliser des composants Java, par exemple dans le cadre d'une évaluation, d'une migration, d'une reprise d'existant.

X. Pouvez vous nous présenter le projet qui serait la fièrté d'ObjectWeb, un projet peut être pas trop innovant aujourd'hui mais qui pourrait influencer l'informatique de demain ?

L'informatique nous a habitué dans les années passées à ce que les montagnes accouchent de souris et à ce qu'inversement des projets auxquels personne ne croyait deviennent des succès planétaires. Je me garderai donc de faire de la prospective. Par contre, nous espérons tous qu'au delà des projets individuels, la dynamique d'ObjectWeb contribue à modifier significativement le paysage du middleware professionnel.

Il y a de grands chantiers en perspective. Linux a ébranlé le monde des systèmes d'exploitation. Maintenant c'est au tour des couches supérieures de l'édifice: middleware et applications. L'administration recommande le logiciel libre pour les équipements communs, donc le middleware. L'Europe, mais aussi les grandes puissances d'Asie, se soucient de leur indépendance technologique et militaire face à des situations de quasi-monopole, nationaux ou commerciaux. L'infrastructure logicielle est un enjeu majeur où l'interopérabilité est un impératif technique et l'ouverture une exigence citoyenne.

Un consortium ouvert basé en Europe, fédérant une communauté mondiale très multi-culturelle, a but non lucratif, regroupant industriels et chercheurs, travaillant sur le middleware de demain et diffusant ses travaux en open-source a donc certainement un bel avenir devant lui !


Nous remerçions Mr François LETELLIER (INRIA Rhône-Alpes - francois.letellier at objectweb.org ) d'avoir pris le temps de répondre à nos questions

XI. Quelques liens...